En vacances à Libreville, j'avais projeté d'emmener les garçons faire un tour dans l'intérieur du Gabon, à Lambaréné, mais des amis me préviennent d'une difficulté inattendue : le pont sur
le Komo, à Kango, qui relie Libreville au reste du pays, est fermé depuis plus d'un an, suite à un accident lors duquel une barge de transport a heurté une de ses piles. La Route Nationale 1 est
coupée. Depuis, le traffic se fait par bacs ou par une piste défoncée (saison des pluies oblige...) par Medouneu. La traversée du fleuve peut être très longue, on peut attendre jusqu'à 5
heures le prochain bac... Lambaréné, ce sera pour une autre fois.
Or, il se trouve que la totalité de l'approvisionnemernt de Libreville (un ou deux millions d'habitants à nourrir) se fait, depuis le Cameroun, par la RN1. En conséquence, l'acheminement des
produits alimentaires frais devient plus onéreux et les prix s'envolent sur les marchés. Un seul exemple : 75 centimes d'euro pour 3 citrons, alors qu'à Ndjaména, pays autrement enclavé, pour le
même prix j'achète une dizaine de citrons. Et le reste est à l'avenant.
C'est l'occasion d'une petite revue de presse qui concentre une bonne dose de "gabonitude". Ca change du Tchad, même si par certains aspects on reste bien en Afrique centrale.
"Le pont de Kango, qui relie la capitale Libreville au reste du pays, menace de s’effrondrer. De ce fait, le ministre des Travaux public, a récemment publié une décision interdisant, les camions
de poids lourds de circuler sur ce pont de Kango situé sur la route nationale N°1. Et cette interdiction de circuler menace de plonger les habitants de Libreville dans une grave pénurie des
denrées alimentaires, se plaignent les commerçants. Devant le Kango, de nombreux camions chargés de billes de bois, ainsi que des denrées alimentaires sont à l'arrêt depuis plus d'une semaine.
L'approvisionnement de la capitale est très gravement perturbé. Les bananes, taros, fruits et légumes importés du Cameroun, pays voisin du Gabon, ou venus du Gabon profond, n'arrivent plus au
rythme habituel à Libreville, le principal centre de consommation du pays. L'ex-ministre des Travaux publics Léon Nzouba, muté au ministère de la Santé, a suggéré le transfert de ces marchandises
vers Libreville par train. Mais les camions doivent parcourir une centaine de kilomètres pour rejoindre la gare ferroviaire. Personne ne s'est engagé à payer le coût supplémentaire du train. Dans
l'immédiat, les routiers ont imaginé un transbordement de la marchandise par des petits camions. Ceux-ci transfèrent les produits vers la capitale où la pénurie se fait sentir."
http://www.journaldugabon.com/article.php?aid=391
Travaux de réfection du pont de Kango © Gabonews.com
A qui la faute ?
" les suspects ayant causé l’accident qui aurait endommagé l’une des piles du pont de Kango se nomment Koffi Apelete, Togolais, commandant de bord du remorquer Anthony ; Mathias Mba
Bibang, Équato-guinéen, matelot ; Fabrice Gagnant, Français, responsable de la Compagnie des remorqueurs gabonais.
Le quotidien L’union [principal journal gabonais], indique qu’il est reproché à trois indélicats d’avoir pris la fuite après avoir causé la brisure de quelque pilier du pont.
«Durant leur audition à la DGR, [direction générale des renseignements] deux des trois suspects ont reconnu sans difficulté les faits qui leur sont reprochés, tandis que le
troisième à savoir, Fabrice Gagnant, l’employeur a été remis en liberté à la suite de fortes pressions venant de la représentation diplomatique», indique le quotidien qui s’appuie sur une
source judicaire
Le récit des prévenus indique qu’à l’aide d’un remorqueur de faible puissance pour l’importance de la charge, ils tractaient une barge de gravier dans la nuit du 16 février dernier. «Arrivé
au niveau du pont de Kango, le courant marin a entraîné la plate, vu la lourdeur du changement et la faible puissance de notre remorque, qui n’avait qu’un moteur, nous avons donc échoué sous le
pont, endommageant ainsi l’un des poteaux. Nous avons essayé de pousser la plate mais le courant était si fort que nous n’avons pas pu», a déclaré Mathias Mba Bibang."
"On ne saurait pour autant parler d’acte de vandalisme prémédité et la « responsabilisation » de ces trois personnes tient de la logique du bouc émissaire. Il s’agit avant tout d’un
accident et cette barge ne saurait être la première à avoir heurté ces piliers, ainsi qu’on le voit assez souvent sous le pont de Lambaréné dont certaines piles sont d’ailleurs déjà endommagés.
Construit entre 1973 et 1975, le pont de Kango n’a jamais fait l’objet d’entretien"
http://gabonreview.com/blog/les-boucs-emissaires-du-pont-de-kango/
Pourquoi les travaux durent-ils aussi longtemps ?
«les travaux de réhabilitation du pont sont en phase d’achèvement. En effet, les piles endommagées seront entièrement montées à fin décembre 2012. De même, la travée métallique à intégrer
dans la structure du pont est déjà assemblée sur site et les travaux de mise en place devraient démarrer le 7 janvier pour s’achever le 28 février 2013».
Toutefois, pour les besoins de la course La Tropicale Amissa Bongo [course cycliste annuelle, du nom d'une parente d'Omar Bongo, l'ancien président du Gabon] prévue du 15 au 30 janvier
2013, le montage de ladite travée métallique est reporté au 1er février 2013.
Une course cycliste !
http://gabonreview.com/blog/ou-en-est-la-rehabilitation-du-pont-de-kango/
"La fermeture du pont devrait intervenir, selon les experts autour du 15 février prochain. Séricom est l’entreprise adjudicataire pour la réalisation des travaux sur le site et se dit prêt à les
poursuivre.
Le retard accusé dans la réhabilitation de ce pont de Kango sera consécutif au nécessaire pour le dragage au niveau des quais de l’ancien débarcadère et le rechargement en latérite de la voie «
tous les véhicules doivent emprunter les barges ». Or, si le même débarcadère est utilisé pour les poids lourds et les poids légers, cela fera désordre. D’où la décision des autorités en charge
de la question de réhabiliter l’ancien débarcadère de Kango.
« Il faudra attendre au minimum deux mois avant que le pont soit mis en service, lorsque les travaux auront débutés », a indiqué un technicien sur le site."
Lorsque les travaux auront débuté.
http://infosgabon.com/?p=23542
Point de vue de Moubamba, leader de l'UPG, un parti d'opposition fatigué :
"Ali Bongo est confronté à une fronde sociale sans précédent dans le pays, alors que le Gabon continue d'engranger des sommes considérables issues du pétrole et d'autres matières premières.
Le vieillissement et le manque d’entretien des infrastructures du Gabon sont sur le point de renvoyer l'Etat Gabonais à l'âge de pierre. Pour exemple, le Pont de Kango à 100 km de Libreville au
Gabon est totalement coupé (officiellement, on procède aux travaux de réparation de l'ouvrage désaffecté) ! Pour circuler dans le pays et au delà de Ntoum (50 km de #Libreville) prenez
l'avion si vous avez des moyens financiers ou attendez la montée des marées au niveau du fleuve Komo. Et quand arrive la marée, estimez - vous heureux si vous avez la possibilité de monter sur
les barges pour traverser le dit fleuve."
http://blogs.mediapart.fr/blog/ben-moubamba/200313/ali-bongo-et-son-ami-opiangha-font-leur-show-luniversite-de-libreville
Mais ne négligeons pas les réalités spirituelles : un serpent à trois têtes porteur d'un message a été vu à Kango :
"Un serpent à trois têtes est apparu la semaine dernière à Kango, localité située sur la route nationale n° 1, à une centaine de km de Libreville. L’apparition du curieux reptile entre les
deux ponts de Kango a provoqué une peur panique dans la ville. Tout comme elle a suscité de nombreuses interrogations. L’annonce de la mystérieuse apparition s’est répandue comme une trainée de
poudre, faisant accourir sur les lieux de nombreux badauds.
En dépit de l’agitation alentour, le reptile est resté imperturbable. Les superstitieux ont estimé que le serpent était un génie porteur d’un message. Les gendarmes et les badauds accourus sur
lieux n’ont curieusement rien tenté pour abattre le mystérieux serpent qui a ensuite disparu dans la broussaille, sous le regard hébété d’une foule tétanisée. (Agence Gabonaise de
Presse)"
http://www.gabonlibre.com/Gabon-Un-serpent-a-trois-tetes-apparait-a-Kango_a16913.html
Ci-dessous, le fameux serpent :
"Cette scène n’est pourtant jamais arrivée à Kango. Le site Internet hoax-slayer.com, spécialisé dans la
traque des canulars sur Internet, indique que l’image publiée par les médias gabonais au sujet du reptile à trois de Kango, circulait déjà sur les réseaux sociaux et dans les e-mails depuis le
mois de mars 2012, donc deux mois avant les faits prétendument survenus à Kango.
Hoax-slayer démontre d’ailleurs, en publiant la photo originale, qu’un plaisantin «a ajouté des têtes supplémentaires à l’aide d’Adobe Photoshop ou un autre outil de manipulation
numérique.» On ne comprend donc pas pourquoi certains médias gabonais, habituellement sérieux, se sont laissé aller à raconter des faits dont les populations de Kango n’ont même jamais
entendu parler. D’ailleurs, il n’existe pas de cobras au Gabon. On ne saurait dire que ces journaux ont été manipulés, vu qu’ils avaient eux-mêmes pris le soin de créer un flou sur l’arrière-plan
de l’image qui montrait à l’origine des badauds visiblement indiens. Il faut comprendre : au Gabon, le serpent est de toute manière un sujet qui fait vendre."
http://gabonreview.com/blog/quand-les-serpents-sinvitent-en-zone-urbaine/
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